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Cinq balles pour un plat de « fritay »

Dans une altercation, pour un plat de «fritay», le mettant aux prises à son frère d’armes, l’agent Jean Pierre Loubens a laissé sa peau, après avoir été atteint de cinq projectiles. Là où certains tentent de questionner la formation reçue par nos hommes en uniforme à l’Académie nationale de police, Gary Desrosiers, porte-parole de l’institution, y voit un problème de civilité. Le psychologue Robert Moïse, lui, préconise des mécanismes pouvant aider les hommes armés à mieux gérer leurs impulsions négatives. 

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Sur la Toile, l’emballement médiatique autour de ce fait, pour le moins insolite, a eu l’effet d’une traînée de poudre. De quoi rivaliser avec la ratification de l’énoncé de politique générale du Premier ministre du nouveau gouvernement provisoire – 41 jours après l’installation de Jocelerme Privert au palais national. À la rue Oswald Durand, le Vendredi saint, Jean Pierre Loubens, 36 ans, agent du CIMO issu de la 23e promotion, a reçu environ cinq projectiles de la part de son frère d’armes Saintilus Jean-Baptiste, agent de la 25e, affecté au sous-commissariat du Portail Léogâne. À l’origine de cette salve de plomb, une empoignade entre les deux hommes pour une simple affaire de nourriture. De fritay. Des témoins rapportent que Jean-Pierre Loubens a giflé son collègue Saintilus Jean-Baptiste qui n’avait pas obtempéré à son injonction d’être servi avant. En réaction, Saintilus Jean-Baptiste a dégainé son arme et l’a déchargée sur son agresseur (plusieurs cartouches). La victime, transportée en catastrophe à l’hôpital, a cassé sa pipe dans les heures qui ont suivi. g-16992

Il s’ensuit un déluge de commentaires sur les réseaux sociaux qui, dorénavant, deviennent notre espace d’expression de prédilection. Pour certains, il s’agit d’un fait prosaïque, symptomatique du syndrome du tout est permis que souffrent nos hommes en uniforme. Pour d’autres, cet événement vient questionner la formation que reçoivent ceux qui ont juré de protéger et servir. Intervenant à l’émission Panel Magik de ce lundi, le porte-parole de l’institution policière, l’inspecteur Gary Desrosiers, veut faire la part des choses. « Je ne crois pas que cet incident a rapport avec la formation dispensée à l’école nationale de police. Il y a une formation standard. Et c’est ce que reçoivent tous les policiers à travers le monde. Le ver est à chercher dans les émotions personnelles et l’éducation de l’individu en question », argumente ce cadre de la PNH qui, au passage, déplore une « banalité » privant dorénavant la population haïtienne de deux policiers devant œuvrer à sa sécurité.

Se basant sur des informations parvenues à l’institution policière, Gary Desrosiers confirme effectivement l’existence d’une altercation entre les deux hommes pour une affaire de fritay (fritures) ou bouyon (potage). « Les deux hommes, vêtus en civil, ont eu une dispute devant une marchande qui est très achalandée. Au moment où Jean-Pierre Loubens, alias Rond, s’apprêtait à prendre une moto, le policier Saintilus Jean-Baptiste, selon les infos qui nous sont parvenues, lui a tiré dessus », rapporte le porte-parole, qui conclut que le tireur n’a pas le droit d’utiliser l’arme que lui confie l’État haïtien à cette fin.

« Je ne veux pas anticiper sur les raisons. Mais quelles que soient ces raisons, une altercation ne devrait pas aboutir à l’utilisation d’arme à feu. D’ailleurs, la réplique n’était pas proportionnelle. S’il y a eu effectivement des gifles, le policier pourrait utiliser d’autres moyens pour se défendre. C’est très grave. Les policiers sont censés connaître les principes régissant l’utilisation de l’arme », tranche-t-il, indiquant que le dossier est acheminé à l’inspection générale de la PNH.

Certains observateurs portent la question sur le terrain de la santé mentale. Une jeune juriste déplore la quasi-absence d’accompagnement psychologique à l’ intention des policiers. Interrogé à ce sujet, le psychologue Robert Moïse ne veut pas parler d’une absence d’accompagnement psychologique. « Je crois qu’il y en a. Cela dépend du rythme avec lequel ça se fait et on doit penser à l’étendre à tous les policiers », a-t-il dit, expliquant que, dans l’acte de tuer, il y a plusieurs paramètres à prendre en compte, notamment l’état nerveux et le niveau d’excitabilité. Le spécialiste avance qu’il devait y avoir plusieurs mécanismes pour éviter ce genre de réaction. Et à ce titre, il propose des entraînements pouvant aider les policiers à contrôler leurs pulsions agressives. « Il faudra employer plus de psychologues dans la PNH », croit-il.

Par : Jean Daniel Sénat

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