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Le paradoxe du retour

immigré
Les immigrants arrivent en terre d’accueil, imprégnés d’une forte conviction que leur vie y sera douce et belle. Mais, une série d’obstacles séparent le rêve de la réalité, rimant avec discrimination, incapacité de faire reconnaître leurs compétences pour percer le marché de l’emploi. Vite, l’exclusion va engendrer le repli sur soi, la précarité, la non-intégration. Au temps qu’il faut pour le dire, la nostalgie s’installe, et prend place dans le quotidien de l’immigré, le « retour au pays » s’impose comme un discours consolateur.
Il n’y a pas d’immigré qui soit souvent totalement dupe de sa condition initiale ; le retour est bien naturellement le désir et le rêve de presque tous les immigrés, ils en parlent à qui veut les entendre, ils ne ratent pas une occasion de le prôner. Pour eux, c’est une façon de retrouver la vue, la lumière qui fait défaut à l’aveugle, mais, comme lui, ils savent que c’est une opération impossible. Il ne leur reste alors qu’à se réfugier dans l’inapaisable nostalgie ou mal du pays.
À travers des regards discriminatoires, l’immigré a toujours cette constante impression qu’il n’est pas chez lui, le statut de résident permanent, la nationalité acquise, le nombre d’années passées dans le pays hôte n’est qu’un voile que la perception des gens vienne vite lever, lors de la recherche d’emploi ou d’un appartement.
« Il est un immigré », il cessera de l’être que lorsqu’il n’est plus dénommé de la sorte, et une chose entraînant une autre, lorsqu’il ne se dénomme plus lui-même, ne se perçoit plus comme tel. Les années ne suffisent pas pour éradiquer le germe du retour dans le cerveau de l’immigré. L’homme immigré est devenu, avec le temps, l’homme de l’entre-deux, de l’entre-deux-lieux, de l’entre-deux-temps, de l’entre-deux-sociétés, il est aussi et surtout l’homme de l’entre-deux-manières d’être ou de l’entre-deux-cultures. Et, sans doute, le procès le plus pernicieux qui peut leur être fait est avant tout un procès d’ordre culturel.
En dehors du retour auquel il fait semblant d’appeler, croyant avoir en celui-ci le remède qu’il désire, la nostalgie du lieu a un grand pouvoir de transfiguration sur tout ce qu’il pense et, comme l’amour, a des effets d’enchantement, mais, plus remarquablement que cela, des effets de sanctification. L’immigré perçoit, soudainement, tout ce qu’il y a merveilleux dans son pays d’origine, il fait son éloge. La chanson de la beauté de la terre natale remplace les problèmes vécus, jadis, dans celle-ci, problèmes qui justifiaient son départ. De son emploi, ses relations, sa façon d’outre passer les règles, ses privilèges, il étale l’aisance de sa vie d’autrefois.  Les raisons de l’exil sont vite oubliées.
Ainsi, vient  l’un des nombreux paradoxes de l’immigration : l’immigré est absent là où il est présent et présent là où il est absent. Doublement présent,  présent effectivement ici et fictivement là-bas et doublement absent, absent fictivement ici et effectivement là-bas, l’immigré aurait une double vie. Et au bout du compte, le temps a eu raison de lui, plusieurs décennies  plus tard, il vit encore ici dans le froid, la neige, imprégnant son quotidien, mais, avec la chaleur des tropiques, ou la fraîcheur méditerranéenne habitant encore son esprit.
Texte par : Jean Alexis Placius
jeanalexisplacius@live.ca

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